André ULMANN - "Antonin PICHON" (1912-1970)

Mauthausen - Melk - Ebensee (matricule 60 435)


Ecrivain et journaliste, président-fondateur de l'Amicale française de Mauthausen

Né à Paris en 1912, de parents juifs alsaciens, il y est mort en 1970.

Son père Mathias, qui avait quitté volontairement l’Alsace après la défaite de 1870, avait fait fortune au Brésil, puis, après la mort de sa femme, était rentré en France avec ses cinq enfants. Il épousa Jane Sarah Bernheim, la mère d’André, en 1906. En 1914, Mathias est ruiné, ses biens sont confisqués. La famille se réfugie en Suisse, puis après la guerre, revient à Paris.

André Ulmann a 17 ans lorsque son père meurt, en avril 1929. Après ses deux baccalauréats (lettres et maths) qu’il obtient en septembre de la même année, il mène de front des études de droit et de lettres et commence une carrière de journaliste. Il entre à L’information sociale. Sa vie d’intellectuel et d’écrivain est faite de rencontres déterminantes : la première fut celle avec Jacques Maritain qui lui présenta Emmanuel Mounier, le créateur de la revue Esprit, dont il devient secrétaire de rédaction, à 20 ans, en 1932. Très vite, l’écriture devient son activité principale : s’exprimant dans le journalisme d’investigation, il publie, en 1935, dans la collection Esprit, Police, 4ème pouvoir, puis part en reportage en 1936 couvrir la guerre d’Espagne pour Le Peuple, ce qui déterminera son engagement antifasciste.

Il participe, en 1936, à la création de Vendredi, l’hebdomadaire culturel du Front Populaire, qui l’intègre dans le cercle des intellectuels anti-fascistes, avec ses amis André Chamson, Jean Lacroix, Jean Guéhenno, Louis Martin-Chauffier, et Andrée Viollis. Parallèlement André Ulmann poursuit l’écriture de son œuvre romanesque, publie des nouvelles dans Vendredi et dans de nombreuses publications.

En 1939, il fonde avec le philosophe Jean Lacroix Le courrier de Paris et de province, dont le numéro unique parait le 1er septembre 1939, jour de la mobilisation. Il est versé dans le 133ème régiment d’infanterie, comme agent observateur aux avant-postes de la ligne Maginot. En juin 1940, il est fait prisonnier et envoyé dans un stalag en Allemagne. Il participe à la création du Mouvement des Prisonniers de Guerre (MPDG) qui organise l’évasion des prisonniers. Dans le stalag, la vie intellectuelle s’organise entre les prisonniers, à travers des cours et des conférences clandestines ; la poésie devient l’expression quotidienne d’André Ulmann, elle le restera jusqu’à la fin de sa vie.

Il reprend et termine son roman La conjuration des habiles (qui sera publié en 1946, chez Jean Vigneau). Rapatrié sanitaire en France le 1er mars 1943, il est démobilisé à Lyon et entre aussitôt dans la clandestinité sous le nom de Antonin Pichon. Il accomplit de nombreuses missions en Suisse et en Allemagne. Il est arrêté par la Gestapo le 1er septembre 1943 à Lyon, à la veille de son départ pour Alger, où il devait se rendre à la demande du général de Gaulle. Enfermé à la prison de Montluc, torturé, condamné à mort, il échappe à l’exécution. Mais il est envoyé à Compiègne puis au camp de Mauthausen, en Autriche annexée.

Pour sa connaissance de l’allemand, André Ulmann est affecté, en avril 1944, par le comité international de la résistance clandestine de Mauthausen au kommando de Melk, au secrétariat du service du travail. Il y est chargé, sous la surveillance du chef du camp le SS Ludolph, d’organiser la répartition des détenus dans les différents kommandos de travail (en particulier au chantier de Landsdorf) et s’attache à les préserver du mieux qu’il le peut, en liaison avec les différents comités clandestins.

Il est gravement blessé dans le bombardement de Melk, le 8 juillet 1944, mais poursuit sa tâche.

André Ulmann ne renonce pas à la poésie dans l’enfer concentrationnaire. Les poèmes du camp seront publiés par les éditions Julliard en 1969, à la veille de sa mort. En 1945 (le 1er mai), Esprit publie ses poèmes écrits à la prison de Montluc à Lyon, parmi d’autres Poètes emmurés, et alors qu’il est encore détenu à Ebensee, où les hommes du camp de Melk ont été évacués en avril 1945. Sa famille est sans nouvelles de lui depuis le départ de Compiègne.

Après avoir dû quitter la maison familiale du Bugey, située au cœur des maquis de l’Ain, sa femme et son fils, né en février 1940, ont trouvé refuge à Dieulefit dans la Drôme, où sont rassemblés des intellectuels parisiens autour d’Aragon et de Mounier, et de l’équipe de Vendredi.

A son retour, dans la continuité de son action à Melk, André Ulmann fonde, au sein de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes), l’Amicale de Mauthausen, dont il sera le premier président. L’Amicale, qui rassemble les déportés français survivants de Mauthausen, aura pour premières missions l’aide aux familles des disparus et la reconnaissance du statut de déporté-résistant, ainsi que la mémoire des 4.778 déportés français morts à Mauthausen et ses kommandos.

Lors d’un court passage à l’Assemblée Constituante, et après un discours mémorable le 28 juillet 1945 (publié dans Le juste combat) devant le général de Gaulle, alors président du Gouvernement provisoire, André Ulmann rappelle que les déportés ont été "oubliés" par la France et qu’ils doivent reprendre une place active dans la reconstruction du pays, digne de leur sacrifice et de leur engagement dans la résistance à l’occupant. Il écrit Souvenir de voyage, son témoignage unique sur son expérience concentrationnaire (revue Europe, 1946). Il termine L’humanisme du XXème siècle, une réflexion philosophique sur la survie face au nazisme (publié à L’Enfant poète, en 1946, illustré par Picasso). Sa fille nait en avril 1946. Dès juillet de la même année, il fait vivre son engagement aux côtés des mouvements anti-impérialistes à travers le monde, en prenant la direction du journal diplomatique La Tribune des nations. Il influence ainsi activement la diplomatie internationale en couvrant toutes les grandes conférences dans le contexte de la guerre froide, jusqu’à la fin de sa vie.

Maurice Schumann, dans la préface du Juste combat (édité en 1982 par les Amis d’André Ulmann sous la direction de Suzanne Tenand-Ulmann et Michel Goldschmidt), salue "la présence du polémiste intransigeant et serein d’Esprit et de La Tribune des nations, du militant, du prisonnier, du soldat de l’ombre et du camp".

Plusieurs de ses poèmes figurent dans l’anthologie publiée par Pierre Seghers sous le titre La Résistance et ses poètes (1974, réédité en 2004) et dans Paroles de déportés publié par la FNDIRP en 2001.


Caroline ULMANN

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