Les autorités espagnoles engagées dans le travail de « récupération de la mémoire historique »

Double hommage, sur le sol de France, à deux figures du combat antifasciste et antinazi, en Espagne et hors d’Espagne :

  • Rafael Gomez, ayant participé avec la Nueve à la libération de Paris, mort en mars dernier à 99 ans,
  • Juan Romero, dernier déporté républicain espagnol en France, âgé de 101 ans.


► Le 20 juillet, à l’ambassade d’Espagne à Paris,
– José Manuel Albéres, ambassadeur en France,
– Fernando Martínez López, secrétaire d’État espagnol à la mémoire démocratique,
– Hermano Sanchez Ruino, adjoint à la maire de Paris,
étaient entourés d’une centaine de personnes pour un hommage à deux figures du combat républicain. L’accueil fut à la fois solennel et chaleureux.

Rafael Gomez, photo de 1944


Plusieurs membres de notre Amicale étaient présents.
Juan Romero étant dans l’impossibilité de faire le déplacement, le président de l’Amicale avait été invité à recevoir, pour le lui transmettre, le document ci-dessous.

La « Déclaration de réparation » – photo © Maggie Perlado

Ambassade d’Espagne, le 20 juillet – photo © Maggie Perlado

José Manuel Albéres, ambassadeur d’Espagne en France, Hermano Sanches Ruivo, adjoint à la Maire de Paris, Fernando Martinez Lopez, secrétaire d’État espagnol à la mémoire démocratique, sous le buste d’Alphonse XIII. photo © Maggie Perlado


Invité à prendre la parole, j’ai souhaité n’évoquer que le versant français du chapitre de l’histoire européenne qui nous réunissait : les manquements notoires de la France aux républicains espagnols ayant dû faire face aux putschistes.

Sous notre IIIe République : la non-intervention, les conditions de l’accueil des réfugiés en février 1939, dans des camps d’internement. Puis, avec l’aval de Vichy, l’abandon des supplétifs espagnols de l’armée française vaincue, leur spoliation du statut de prisonniers de guerre et donc leur extraction des Stalag vers Mauthausen. Après la victoire des alliés enfin, tandis que les survivants espagnols de Mauthausen revenaient très majoritairement commencer un second exil en France, le choix des alliés vainqueurs de laisser au pouvoir le dictateur espagnol !
La cérémonie se déroulant le lendemain de la journée nationale du souvenir des crimes racistes et antisémites commis par « l’État français » de 1940 à 1944, comment ne pas songer à y inclure les crimes xénophobes dont furent victimes les combattants républicains espagnols, déchus de leur nationalité et déportés « triangle bleu » à Mauthausen – « apatrides » ?
À toutes les phases de leur combat commencé en 1936 – et qui n’est pas achevé – les deux hommes honorés à l’ambassade d’Espagne retrouvaient leur identité de combattants légitimes, que le mot de victime fait oublier. 


► Le 22 août, à Aÿ, en présence de Madame Carmen Calvo Poyato, vice-présidente du gouvernement espagnol, et de José Manuel Albares, ambassadeur en France.

Mairie de Aÿ, le 22 août.
Au centre : Juan Romero et la vice-présidente du gouvernement espagnol
photo © Patrick Sanchez

La vice-présidente avait tenu à faire ce déplacement dans ce village de Champagne pour rencontrer personnellement Juan Romero, honorer le dernier déporté républicain espagnol vivant et annoncer une prochaine nouvelle loi de Mémoire historique autorisant l’ouverture des fosses communes de la dictature.

L’ami Patrick Sanchez, actif dans sa région, dut remiser le drapeau républicain mais put prendre la parole.

Extraits :
La ville d’Aÿ avec ces 3 camps de rapatriements accueillera plus de la moitié des républicains survivants de Mauthausen (environ 1000 hommes). 25 reviendront et s’installeront à Aÿ. Ils seront aidés par la ville et un déporté d’Aÿ, Henry Giraud, qui leur trouvera des logements et du travail pour certains. Il ira même, pendant plusieurs années, en Espagne apporter le courrier que la censure bloquait.
Deux autres déportés d’Épernay les ont aidés et les ont accueillis dans leur association. Le destin veut que ce soit un abbé et un noble : l’abbé Michaud et l’héritier de Moët et Chandon, le comte de Voguë.
Je voudrais aussi profiter de votre venue, madame la vice-présidente, pour honorer deux femmes qui ont présidé des œuvres sociales des déportés.
Après leur libération des camps, elles se sont occupées des femmes de déportés, des veuves et surtout des enfants. Nos parents étaient des réfugiés sans beaucoup de revenus, et ces femmes nous ont donné nos premiers bonbons et jouets. Il s’agit de madame Servagnat et d’Yvette Lundy qui a remis la Légion d’Honneur à Juan et dont un collège porte le nom
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Daniel Simon