Commémorations du 79ème anniversaire de la libération du camp de Mauthausen

Les commémorations du 79ème anniversaire de la libération du camp de Mauthausen et des ses Kommandos ont eu lieu début mai :

► à Paris, comme chaque 5 mai, l’Amicale a ranimé la Flamme de la Nation sous l’Arc de Triomphe.

Laurent Laidet, entouré ici pour le dépôt de gerbe d’Agnès Rétif et de Rémy Pesche

► en Autriche :

  • le 4 mai : pour la première fois, les célébrations de Gusen avaient lieu à l’emplacement de l’ancienne place d’appel. Au fond, le concasseur.
  • le 5 mai, à Mauthausen :
Monsieur Frédéric Joureau, chargé d’affaire à l’ambassade de France à Vienne, prend la parole devant le monument français

Le discours prononcé par Claude Simon, président de l’Amicale de Mauthausen

C’est à vous, jeunes d’Espagne et de France, que j’ai choisi de m’adresser principalement :
■ en mémoire des 9 000 Français qui furent enfermés ici à Mauthausen entre 1942 et 1945, et dont la moitié y sont morts ;
■ en mémoire des 7 500 républicains espagnols, détenus ici dès 1940 et 1941, et dont les 2/3 y sont morts, et dont la plupart des rescapés, demeurés en exil en France après 1945, furent des membres actifs et honorés de notre Amicale, avant que l’Amical de Mauthausen y otros campos puisse prendre pied en Espagne même.
Certes, ces deux groupes nationaux différaient fortement, par bien des aspects (âge, origine sociale, spectre politique) mais le plus important ici était la différence de leurs triangles : rouge des « politiques » pour les Français, alors que les Républicains espagnols, pourtant fortement identifiés politiquement, reçurent (avec l’aval du gouvernement français de l’époque) le triangle bleu infâmant et dangereux des apatrides. Au camp même, les relations entre ces deux groupes furent délicates au début : la République française n’avait-elle pas abandonné son homologue espagnole face au soulèvement fasciste, les Réfugiés espagnols de la Retirada n’avaient-ils pas été accueillis avec distance et méfiance (pour ne pas dire pire) dans la France de 1939 ? Pourtant, peu à peu le souvenir des relations nouées par certains dans des brigades internationales puis dans la résistance en France puis au camp même permirent un rapprochement et des solidarités nouvelles face au déchaînement permanent de la violence des nazis.
Le programme de déshumanisation qui, ici, précéda pour beaucoup la mise à mort, lente ou brutale, montre quel était l’enjeu, dans ces camps, de la résistance jusqu’à la libération : il s’agit de la dignité humaine, dont les fascismes de tous les pays, à commencer par l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, voulaient faire le privilège de quelques castes. Or le droit universel à la dignité humaine, il devint crucial que des hommes le défendent jour après jour, dans des conditions terribles, afin qu’elle sorte vivante de l’enfer. C’est un bien qu’il faut défendre dans toutes les circonstances, à toutes les époques, et votre époque n’échappera pas à cette règle.
Sachez donc ceci : beaucoup parmi vous ne sont pas encore citoyens de plein droit, mais vous êtes toutes et tous appelés à le devenir sous peu. Dans le monde contemporain, c’est un statut exigeant, qu’il faut honorer pour accomplir son destin d’homme ou de femme responsable, assumant une part irréductible du destin de l’humanité. La mémoire des hommes et aussi des femmes qui, en ces lieux, furent détenus, méprisés, humiliés, torturés, assassinés, les actes qu’ils tentèrent d’opposer à l’ordre de la mort, la solidarité qui pendant huit décennies a uni les rescapés autour du Serment de Mauthausen peuvent vous aider à assumer votre rôle de citoyens et citoyennes de plein exercice : nulle injustice, nulle humiliation, nulle violence arbitraire, nulle discrimination, nul assassinat, et a fortiori nul génocide n’est sans conséquence sur le devenir de l’humanité, et il faut les combattre pied à pied. Et pour cela, il sera longtemps utile de connaître et de se rappeler les étapes idéologiques, politiques et étatiques qui permirent les crimes perpétrés à Mauthausen, comme dans les autres camps de concentration. Dans le monde actuel, où la manipulation des consciences, la guerre, le racisme, le suprémacisme fourbissent à nouveau des armes puissantes et sophistiquées, il devient urgent, citoyennes et citoyens des différents pays d’Europe, quel que soit notre âge, que nous redoublions de vigilance et que nous construisions des remparts contre le retour en force des recettes usées de la violence, de la discrimination, de la ségrégation et de la haine.
Ainsi, la solidarité internationale, qu’exalte le Serment de Mauthausen, demeure un ouvrage en cours, qui suppose a minima une écoute mutuelle entre des jeunesses culturellement diverses, y compris à propos de la mémoire de ces lieux. Les moments de dialogue qui vous auront été ici proposés sont à cet égard un commencement très encourageant.

L’ensemble des lycéens ont chanté le chant des Partisans, le chant des Marais et la Marseillaise
La délégation française (ambassade de France, Français de Vienne, Amicale de Mauthausen accompagnée de 130 lycéens d’Évreux, Altkirch et Rouen) s’apprête à franchir le portail, précédée par quatre porte-drapeaux
Les lycéens d’Altkirch passant devant le cénotaphe
  • le 6 mai, à Melk
une partie de la délégation française pendant la cérémonie installée dans un local de l’ancien camp rebaptisé Objekt X
  • le 6 mai, à Steyr
la petite foule assise devant la scénographie habituelle : chaque piquet représente un déporté mort dans ce Kommando