►Amicale de Mauthausen
Aide-mémoire
Porteuse de la mémoire des déportés français et espagnols détenus, en Autriche annexée par le Reich hitlérien, dans le camp de concentration nazi de Mauthausen, où la majorité d’entre eux sont morts, notre Amicale propose quelques repères sur les risques qu’une victoire électorale de l’extrême droite ferait courir à la République, à la paix et à la civilisation.
- Le Serment de Mauthausen, prononcé en 12 langues le 16 mai 1945 sur la place d’appel du camp libéré depuis dix jours, appelle à « lutter contre les excitations nationalistes », à « considérer la liberté comme un bien commun à tous les peuples », à édifier « par le chemin de la compréhension réciproque […] un monde libre et juste pour tous ». Ainsi, à peine libérés du « fascisme nazi », ses rédacteurs donnent une valeur universelle à la promesse républicaine que la Résistance française, dans sa grande diversité, avait sauvée du désastre pétainiste.
- Après la défaite de leur République face aux franquistes alliés aux fascistes italiens et aux nazis allemands, les déportés espagnols ont connu deux visages de la France : celui de la méfiance et de la crispation des administrations, qui en 1939 parquèrent dans des camps indignes les 500 000 réfugiés de la Retirada, puis dès 1940 mirent en œuvre le choix de Pétain de livrer ces soldats de la liberté à Hitler, qui les envoya principalement vers Mauthausen. Les 2 000 rescapés, contraints en 1945 à un exil prolongé, rencontrèrent alors l’autre visage de la France : l’élan fraternel d’une population et de municipalités accueillantes et d’associations solidaires, renouant avec les principes des Lumières et des Droits de l’Homme.
- Depuis 80 ans que l’Amicale française hante l’Autriche, la mémoire du crime nazi y a longtemps été estompée, et la responsabilité de nombreux SS autrichiens longtemps niée ; l’extrême droite y est aujourd’hui leur héritière directe ; son chef, actuel favori des sondages, proche ami de l’extrême droite française, prétendit sarcastiquement, quand il fut ministre de l’intérieur, « concentrer » les migrants, et déploya un programme de dénaturation des sites mémoriels du réseau Mauthausen.
- À travers l’Europe, depuis des décennies, les associations d’anciens déportés dénoncent des actes de profanation, de provocation et de manipulation perpétrés par des groupes néo-nazis, contre lesquels les gouvernements semblent impuissants. Le programme de cette vague montante fut écrit en 2009 sous la forme d’un immense graffiti sur les murs extérieurs de la forteresse de Mauthausen : « Ce que le juif était pour nos pères, l’engeance musulmane l’est pour nous. Soyez sur vos gardes ! 3e guerre mondiale – 8e croisade ».
L’histoire et la mémoire des camps nazis n’ont donc pas fini de nous alerter : peu importe aux racistes l’identité de leur bouc émissaire, pourvu qu’ils aient l’ivresse de la haine. La ligne de conduite de l’Amicale de Mauthausen et de ses adhérents demeurera : ni haine, ni oubli !
Elle se retrouve dans les déclarations du bureau de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, et de l’Assemblée générale de l’Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis.
Paris le 20 juin 2024
► Union des Associations de Mémoire des Camps Nazis (UAMCN)
Communiqué
La progression des extrêmes droites en Europe, préoccupante depuis des années, s’est amplifiée lors des récentes élections au Parlement européen, sans qu’il soit tout à fait clair encore qu’elle met en péril, à terme, les pratiques, les engagements et les idéaux de l’Union. En France au contraire, les scores sans précédent réalisés par le Rassemblement National et quelques affiliations voisines ont enclenché immédiatement, vu les singularités de notre système politique, un dispositif à haut risque : le scrutin législatif des 30 juin et 7 juillet, pour la première fois depuis le rétablissement de la république en 1945, peut donner le pouvoir à l’extrême droite.
L’opération politico-médiatique qui tend à faire apparaître désormais le Rassemblement National sous un jour honorable est un jeu de dupes. En réalité, les fondamentaux idéologiques de l’extrême droite – sauf, à ce stade, la brutalité des modes d’action – sont inchangés : les postures nationalistes commencent par une exaltation des frontières ; la libération des pulsions xénophobes, la promotion de totems identitaires visent ouvertement l’instauration d’un inégalitarisme légal. Enfin, un vote majoritaire n’est une marque démocratique que dans le respect de principes qui le surplombent, en la circonstance la devise de notre république, celle même que Pétain abolit en 1940.
Notre socle civilisationnel a intégré les valeurs de la Résistance, les récits et les leçons légués par les rescapés du système concentrationnaire et exterminateur nazi, la perception historique et philosophique que nous en avons acquise. Nul ne peut s’affranchir inconsidérément de ce patrimoine tragique et lumineux.
Alors que des ennemis de la république sont aux portes du pouvoir, l’Union des associations de mémoire des camps nazis exhorte toutes les Françaises et tous les Français à accomplir, les 30 juin et 7 juillet, un acte de salut public : écarter, dans les urnes, une mainmise des extrêmes droites sur les institutions, visant à détruire le tissu social et culturel de notre pays. Elle appelle tous les autres acteurs politiques à faire preuve de responsabilité face à ce risque majeur.
Paris, le 20 juin 2024
► Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) – bureau
Communiqué
du Bureau de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Les résultats des élections européennes plaçant l’extrême-droite largement en tête des suffrages ouvrent la voie à de prochaines élections législatives anticipées dans notre pays.
L’enjeu de ces élections ne doit échapper à personne. Les inquiétudes légitimes des Français sur leur avenir conduisent une partie d’entre eux à donner crédit au discours aseptisé de l’extrême droite.
La Fondation scrute depuis assez longtemps les déclarations et analyses de cette mouvance politique pour savoir que derrière les discours de complaisance destinés à endormir ou séduire les électeurs, se cache en réalité un projet de société autoritaire, intolérante, voire totalitaire, appuyé sur une cohorte de « gros bras » prête à saisir toute occasion pour en découdre avec leurs opposants.
Notre connaissance de l’histoire, notamment des années 1930, l’héritage de la déportation et la mémoire des déportés dont nous sommes dépositaires, nous oblige à porter un regard lucide sur cette situation et à mettre en garde nos concitoyens contre la menace d’une arrivée « démocratique » au pouvoir d’un parti foncièrement antidémocratique, anti-parlementaire, qui cache aujourd’hui habilement les fondements discriminatoires, inégalitaires et d’inspiration raciste de son projet.
L’on sait la suite et que malheureusement l’installation d’un tel parti au pouvoir pourrait revêtir un caractère difficilement réversible et risquerait d’entraîner la France dans un cycle de violences aux conséquences incalculables.
