L’année commémorative décidée par les autorités fédérales autrichiennes

1918 / 1938 / 1948 :  tels sont les repères, fixés par les autorités autrichiennes, d’une ambitieuse démarche qui va ponctuer l’année. Heinz Fischer, président fédéral jusqu’en 2016, personnalité consensuelle, est à la tête du dispositif.

Un pays doit être au clair avec son histoire, l’assumer entière, et bien sûr tirer les leçons – exigence à toujours remettre en chantier. Pour l’Autriche, de tous côtés, on s’accorde à considérer que la tâche est considérable, tant les habitudes y sont de temporiser, chercher à tout prix les compromis qui permettent de continuer sans rien bousculer. Hors d’Autriche, mesure-t-on les cataclysmes pourtant subis par les Autrichiens au cours du siècle dernier –  sans que les apparences de sociabilité, le panache d’une « apocalypse joyeuse », en aient été chamboulés. Subsiste, à coup sûr, une conscience collective, au prix parfois du refoulement : la culture, art d’accommoder les restes ; la bienséance de l’oubli, en y sacrifiant la vérité. Une année donc de retour sur soi. Le contexte politique est-il une opportunité, ou déjà une impasse annoncée ?  

1918 | l’Autriche, vaincue de la Grande guerre, vécut aussi l’effondrement de l’empire – pas seulement du régime dynastique, mais surtout de la géographie, de siècles de rayonnement au centre de l’Europe d’une puissance plurilingue, à l’identité ouverte, volontiers débonnaire. L’Autriche, désormais ce petit territoire à la capitale hypertrophiée.

1938 | l’Anschluss (« rattachement » – invasion, ou absorption désirée par beaucoup, dans une perspective pangermaniste – voir le récit d’Eric Vuillard, L’ordre du jour (Goncourt 2017, cf. bulletin n° 349, juillet 2017, p. 24-25). Disparition de l’Autriche, rien moins, devenue province du IIIe Reich, et donc aussi, en passant, abolition de la république (certes, elle n’avait pas été exemplaire, et même s’était vite reniée dans l’« austrofascisme » !), au profit de la soumission à l’ordre totalitaire nazi, dont les juifs furent la première cible. Le 12 mars, les troupes allemandes. Le 15, Hitler de retour au pays, acclamé au balcon de la Hofburg à Vienne. Un engloutissement comme peu de nations européennes en ont connu. Pour notre part, en mai, nous commémorerons le 80e anniversaire de la création du camp de Mauthausen, où furent conduits en 1938 des détenus allemands, en 1939 les premiers Tchèques et des Polonais en plus grand nombre, en 1940 des républicains espagnols, en 1941 des Soviétiques, et la suite… : 1938 est aussi une date inscrite dans la mémoire des peuples d’Europe. La France « accueillit » des réfugiés autrichiens, qu’elle interna en 1939, et dont elle n’est pas quitte du sort qu’ensuite il leur fut fait (pour quelques-uns : Mauthausen…).

1948 | Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Les autorités autrichiennes ont choisi cet ancrage, plutôt que, par exemple, 1955, date de récupération d’une pleine souveraineté, après le départ des armées d’occupation. En 2018, l’Autriche officielle affiche européisme et universalisme. Aux antipodes des slogans nationalistes du FPÖ – jeu compliqué : qui triche ?

(début du texte à paraître dans le prochain bulletin de l’Amicale, courant avril 2018)