Simone BONNET

Toute une vie au service de la mémoire due aux déportés

Simone Bonnet, qui s’est éteinte, à presque 94 ans, ce dimanche 4 mai, à la veille du 80e anniversaire de la libération du camp de Mauthausen, était une pierre angulaire de notre amicale, d’une fidélité, d’une rigueur et d’une générosité absolues. Elle avait une conception intransigeante de la mémoire due aux déportés, qu’elle a défendue jusqu’au bout de ses forces.

Elle appartenait à la génération bien particulière des orphelins de la déportation, qui elle-même se nuance fortement selon l’âge que ceux-ci avaient lorsque le père (ou la mère) fut arrêté. Simone, elle, a bien connu son père, résistant communiste, qui lui demanda même les menus (mais parfois décisifs) services qu’une petite fille d’une dizaine d’années pouvait rendre, par exemple en matière de transmission.

Cet âge l’a aussi amenée à vivre intensément les étapes de l’arrestation, de la déportation et de l’attente du retour puis du deuil inachevable. Et dès ce moment elle était en puissance l’adhérente active de l’Amicale qu’elle a été toute sa vie, jusqu’à ces derniers mois : elle a accumulé lectures, voyages, discussions, participations régulières aux instances (conseil d’administration et bureau), encourageant à la fois la poursuite de ces activités ordinaires, l’entretien et l’exercice du patrimoine mémoriel, et les initiatives novatrices.

Elle a aussi, au fil des décennies, accumulé une documentation sur les kommandos et sur les différentes époques des voyages de l’Amicale, documentation dont nos amis de Mauthausen Memorial, Ute Bauer-Wassmann et Stephan Matyus, ont reconnu et utilisé la richesse.

Un grand nombre de ces photos ont été prises avec l’appareil … de son père, mort à Gusen I en novembre 1943.

Femme de principe, militante convaincue, elle a ainsi transcendé le deuil intime, inguérissable, que la grande et terrifiante histoire lui a infligé pour consacrer une énergie sans faille et sans compromis au service de la vérité sur la résistance et la déportation.

Simone Bonnet devant le crématoire de Gusen

À 60 ans d’écart, Simone Bonnet au même endroit : devant le crématoire de Gusen où a disparu le corps de son père, Gustave Bonnet.

Simone Bonnet avec Martha Gammer en 2013
Simone Bonnet avec Martha Gammer en 2013 – © Ch.Lafaurie