Adeline Lee, Les Français de Mauthausen

Rappel :

Adeline Lee a publié il y a un an un livre fondamental pour qui s’intéresse à l’histoire du camp de Mauthausen, plus spécialement aux 9 000 Françaises et Français qui y furent internés, et aux épisodes qui ont marqué l’histoire de l’Amicale de Mauthausen, jusqu’en 2000.

Ce livre de 732 pages, qui contient un cahier iconographique constitué de documents d’archives, est en vente à l’Amicale, au prix de 32 € (+ port).

ARRÊTEZ !

ARRÊTEZ IMMÉDIATEMENT CETTE GUERRE !

Ce qui suit – que vous pouvez retrouver ci-dessous à télécharger – est le communiqué de l’Amicale par rapport à la crise internationale que nous – l’Ukraine en premier – connaissons depuis quelques jours :

Le 16 mai 1945, lors de la cérémonie marquant le retour vers leur pays des déportés soviétiques, un Serment fut proclamé en 12 langues. Il constitue un engagement durable en faveur de la paix dans le monde et la solidarité internationale. Ce jour-là, les déportés jurent d’édifier un monde juste et libre « en souvenir de tout le sang répandu par tous les peuples, en souvenir des millions de nos frères assassinés par le fascisme nazi. »
Parmi les survivants soviétiques, quittant en longues colonnes les lieux où ils avaient affronté la mort pendant des années, les plus nombreux étaient Russes et Ukrainiens. Ils avaient alors l’espoir commun de devenir les témoins et les acteurs d’un monde nouveau, considérant « cette liberté reconquise comme un bien commun à tous les peuples ».
Russes et Ukrainiens avaient été enregistrés par les nazis sous la même catégorie de détenus, ils avaient dû faire face aux mêmes privations, aux mêmes humiliations et aux mêmes situations mettant à tout instant leur vie en danger. Ils n’avaient pu compter que sur la solidarité entre déportés pour survivre. Tous se sentaient engagés dans la lutte commune contre l’agresseur nazi, en tant que citoyens de l’Union soviétique. De nouveaux États ont vu le jour, l’histoire commune et les liens humains ne s’arrêtent pas aux frontières nationales.
Porteurs de la mémoire des victimes du camp de Mauthausen, les signataires de ce texte
dénoncent l’utilisation des mots dénazification et génocide pour justifier l’attaque contre l’Ukraine. Nous sommes légitimes à faire valoir le poids de tragédie qu’ils recouvrent. Nous ne pouvons accepter que ces mots soient ainsi galvaudés.
Le Serment de Mauthausen appelle à la coexistence pacifique entre tous les peuples. Nous condamnons la guerre menée contre l’Ukraine qui met en danger l’existence même de ce pays et la paix en Europe. Cette attaque militaire constitue une violation manifeste du droit international.
Nous sommes convaincus que tout conflit politique peut être résolu à la table des négociations si les deux parties font preuve de bonne volonté et de respect mutuel pour leurs souverainetés respectives.
Nous lançons donc un appel dans l’esprit du Serment de Mauthausen :


ARRÊTEZ IMMÉDIATEMENT CETTE GUERRE !


Premiers signataires, membres du Conseil d’administration de l’Amicale, au lundi 28 février 2022

Marion Bénech
Louis Buton
Danielle Carayon-Viger
Claude Dutems
Valérie Frélaut
Pierre Fréteaud
Rosette Gouffault-Rigon
Yves-Noël Hacq
Gérard Hernan
Chantal Lafaurie
Patrice Lafaurie
Laurent Laidet
Janine Laveille
Yvonne Le Brun Busquet
Jacques Lecoutre
Sylvie Ledizet
Michèle Madère
Guillaume Maisse
Madeleine Mathieu
Laurent Meyer
Bernard Obermosser
Nicolas Piquée-Audrain
Ludovic Piron
Danyèle Régerat
Agnès Rétif
Nathalie Robin
Michelle Rousseau-Rambaud
Jean-Louis Roussel
Pierre Saez
Pierrette Saez
Frédéric Schott
Claude Simon
Daniel Simon
Marie-Jeanne Simon Goacolou
Rosita Sterquel
Martine Tomas Espejo
Caroline Ulmann
Jean-Louis Vernizo Mateo
Marianne Vinurel
Patrick Weydert
Jean-Marie Winkler

Télécharger l’appel de l’Amicale :

et, pour rappel (INSTANT d’ARCHIVES et d’ACTUALITÉ),
le Serment de Mauthausen

APRÈS L’APPEL DE NOTRE AMICALE, L’APPEL DES COMITÉS INTERNATIONAUX…

Des comités internationaux représentant d’anciens déportés en camps de concentration nazis dénoncent l’utilisation des mots « dénazification » et « génocide » pour justifier l’offensive russe en Ukraine.

Mots repris et dénoncés par le président Macron dans son allocution du 3 mars 2022 !

Un document à lire ou télécharger, après l’appel de l’Amicale de Mauthausen : l’Appel des représentants des comités nationaux et internationaux et la liste des signataires.

Deux exemples de relais dans les médias, parmi d’autres :
BFM TV
RTBF

Voyage sur les sites du Loibl Pass, 9-12 juin 2022

Date limite d’inscription : 31 mars 2022 (contact Amicale : +33 (0)1 43 26 54 51 ou mauthausen@orange.fr)

PROGRAMME :

Jeudi 9 :

  • Vol Orly / Ljubljana, Transavia
  • 10h55 Déjeuner à Ljubljana
  • Départ pour Ferlach (Autriche) où nous passerons les 3 nuits à l’hôtel Ratz.
  • Dîner

Vendredi 10 :

  • Départ pour Tržič (Slovénie) : nous descendrons la rue principale empruntée par la brigade Liberté en juin 1945 puis nous nous rendrons à la maison de la résistante Miči Mally, puis au cimetière
  • Déjeuner à Tržič
  • Visite de la prison et du mémorial de Begunje
  • Dîner chez Ratz

Samedi 11 :

  • Commémorations aux camps nord et sud
  • Déjeuner à l’auberge du Podljubelj
  • Retour sur les sites des camps, puis à Ferlach

Dimanche 12 :

  • Direction la gare de Rosenbach par la route 333 empruntée par les déportés le 8 mai 1945, puis l’auberge dans laquelle la brigade Liberté avait installé son QG
  • Déjeuner à Ljubljana
  • Visite de la ville en Kavalir (navette électrique)
  • Dîner
  • Vol Transavia à 21h25 vers Paris

  • Coût approximatif du voyage :
    • Vol A/R : 130 €
    • Repas : entre 15 et 20 €
    • Hôtel : 42 € /nuitée en chambre individuelle et 77 € en chambre double (petits déjeuners inclus)
    • Location de voiture et essence à prévoir (environ 40 €/p.)
    • Chacun réserve son vol (ne tardez pas !)
    • Paiement individuel sur place de l’hôtel et des repas

Disparition de Raphaël Esrail

Notre ami très cher, président de l’Union des déportés d’Auschwitz, est mort le 22 janvier 2022, à l’âge de 96 ans. Résistant déporté, il était l’un des derniers témoins de la Shoah. Vice-président du Comité international d’Auschwitz, il était commandeur de la Légion d’honneur.

« Acteur essentiel du recueil de la mémoire, de sa mise en valeur pédagogique et de sa transmission, il a inscrit la mémoire d’Auschwitz dans l’histoire. Son œuvre demeurera vivante » (communiqué de l’UDA). Il a témoigné en toutes circonstances une empathie bienveillante à l’égard de celles et ceux qu’il rencontra sur ce chemin, comme il fit preuve d’une fidélité indéfectible à ses compagnons dans la Résistance, à Montluc, Drancy, Auschwitz, dans les Kommandos de travail, dans les marches de la mort.

Né en Turquie en 1925, il arrive l’année suivante à Lyon avec ses parents, qui s’installent dans le quartier de la Croix-Rousse. Élève ingénieur à l’École centrale de Lyon, il mène une double vie, sous le nom de résistance de Raoul Paul Cabanel, né à Montauban. Il est actif aux Éclaireurs israélites de France, aide les juifs étrangers, se « spécialise » dans les faux papiers. Dénoncé, il est arrêté le 8 janvier 1944, interrogé par la Gestapo et les services de Barbie, identifié comme juif et interné à la prison Montluc devenue aujourd’hui un mémorial national. Expédié à Drancy, il y fait la connaissance de Liliane Badour, avec ses deux petits frères ; Ils sont dans le convoi n°67 du 3 février 1944 ; les enfants sont gazés à l’arrivée à Auschwitz, tandis que Liliane et Raphaël sont affectés à des Kommandos de travail. Raphaël reste onze mois au camp d’Auschwitz 1.

Survivant des marches de la mort, après l’évacuation d’Auschwitz vers Gross Rosen, puis Dachau, à pied ou en train, dans les « tombeaux roulants », il échoue à s’évader, mais il échappe à la pendaison, et envoyé au camp de Waldlager et finalement est sauvé lorsqu’il rencontre les troupes alliées le 25 avril.

De retour à Lyon, il reprend ses études, retrouve Liliane à Biarritz, survivante d’Auschwitz, qu’il épouse en 1948. Ils décident tous les deux de se taire. Raphaël entre à Gaz de France où il fait toute sa carrière.

Au début des années soixante-dix, avec l’émergence du négationnisme, il décide de s’engager à l’Amicale d’Auschwitz, dont il deviendra en 1996 le secrétaire général. En 2008, il est président de l’Union des déportés d’Auschwitz (UDA), qui va regrouper les différentes associations de la mémoire d’Auschwitz. Il est totalement engagé dans le recueil des témoignages des survivants de la Shoah, de leur transmission, avec le DVD Mémoires demain (2009) ; il tisse des liens essentiels avec les enseignants et l’Éducation nationale, organise des voyages à Auschwitz-Birkenau, qu’il conduit lui-même, plusieurs fois par an, avec des survivants.

Il s’était aussi engagé, au risque de ne pas être soutenu à la hauteur de ses espérances par tous les acteurs du monde de la déportation, à la création d’un site unique dédié aux deux déportations, de répression et d’extermination. Il se montre très accueillant à l’Union des associations de mémoire des camps nazis, encore informelle ces années-là : par la volonté appuyée de Raphaël, les amicales de camp ont pu apporter leur contribution et tissé des liens très forts avec lui. Le site Mémoires des déportations 1039-1945 est solennellement inauguré le 15 novembre 2017 à la mairie de Paris.

Raphaël Esrail, après avoir recueilli les récits de ses camarades survivants d’Auschwitz, a attendu 2017 pour publier son propre témoignage, L’espérance d’un baiser. Témoignage d’un des derniers survivants de la Shoah (Robert Laffont). « C’est à cette jeunesse désormais de reprendre le flambeau d’une mémoire dont elle est l’héritière, c’est en cette jeunesse éclairée que nous avons foi ». C’est un de ses derniers messages.

Raphaël Esrail a conclu le film Des traces et des gestes (Jean-Louis Roussel, Bernard Obermosser, 2018)

► Revoir la séquence de conclusion

Dernières nouvelles de Gusen

Sur le site du journal autrichien Der Standard, le 27 janvier 2022,
dernières nouvelles de Gusen.

Le jumeau oublié de Mauthausen

En mai de l’année dernière, la république a annoncé l’achat des zones centrales du site de l’ancien camp de concentration de Gusen. Maintenant, le processus de conception proprement dit commence.

La petite commune de St. Georgen an der Gusen dans le Mühlviertel compte 4 000 habitants, 2 502 habitants vivent dans le village voisin de Langenstein. Deux lieux qui ont un point commun : on vit ici sur un terrain historiquement très marqué. Les parties centrales de l’ancien camp de concentration de Gusen étaient situées là où se trouvent maintenant de jolies maisons particulières.

Bien que le camp de concentration de Gusen fût un camp annexe de Mauthausen, il était environ deux fois plus grand que le camp principal. Au moins 71 000 personnes ont été retenues captives rien qu’à Gusen, environ la moitié d’entre elles ont été assassinées. Au prix de leur vie, les prisonniers ont dû construire un système de galeries souterraines dans lequel les nazis développaient la production secrète d’armements sous le nom de code « Bergkristall ». Hormis le camp principal de Mauthausen, Gusen était le seul camp du Grand Reich allemand « de niveau III ». Pour les prisonniers, cela signifiait « l’anéantissement par le travail » dans les carrières et dans les tunnels souterrains.

Pression polonaise

Une grande partie des victimes venaient de Pologne, où on ne considère pas Gusen comme un simple camp annexe, mais plutôt comme un camp jumeau de Mauthausen – ce qui explique aussi la pression du gouvernement polonais et des associations de victimes polonaises pour une culture de la mémoire adéquate.

Mais il ne s’est rien passé du côté autrichien pendant longtemps. Bien qu’avec la refonte de l’exposition dans l’ancien camp de concentration de Mauthausen l’histoire sanglante de Gusen soit mieux intégrée dans le concept mémoriel, rien ne change pourtant dans le patchwork du tapis commémoratif dispersé dans les deux villages. Une étude de faisabilité préparée en 2018 a également rapidement disparu dans le tiroir du gouvernement. Puis, en 2019, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a annoncé que son pays était intéressé par l’achat des vestiges du camp pour en faire un lieu de mémoire digne.

Les intentions d’achat polonaises ont stimulé la motivation au sommet national de l’État. Le 4 mai de l’année dernière, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Karl Nehammer (ÖVP), a annoncé l’achat de la zone d’entrée du système de tunnel Bergkristall à St. Georgen, de deux baraquements de l’administration SS, du concasseur de pierres et de parties de la place d’appel à Langenstein. 

Parc commémoratif

Cependant, les contrats d’achat n’ont été officiellement signés que le 24 décembre de l’année dernière devant un notaire de Linz. Le retard s’expliquait, entre autres, par de nouvelles mesures des terrains. Mais surtout, il fallait clarifier la question de savoir quels autres achats de terrains étaient encore nécessaires pour pouvoir relier à l’avenir les anciennes zones du camp de concentration, par exemple la place d’appel et le concasseur de pierres en surplomb.

En tout cas, dans les rangs des organisations mémorielles locales, on a déjà une idée claire de ce à quoi devrait ressembler la culture du souvenir dans les deux localités à l’avenir. Martha Gammer, présidente du Comité du souvenir de Gusen, a suggéré un « parc commémoratif » dans l’interview au Standard : « Des anciennes baraques SS à l’est via la place d’armes jusqu’au concasseur de pierres, puis à une voie publique menant au Mémorial de Gusen : un parcours audiovisuel à travers les différentes zones. Avec des panneaux explicatifs et les voix des survivants ».
En tout cas, ce dont elle ne veut pas, ce sont de « grands bâtiments neufs » : nouveau centre d’accueil, centre éducatif ou même hôtel. « Nous n’avons pas besoin de grandes entreprises, y compris de tourisme en bus, comme au Mémorial de Mauthausen. La population locale n’en veut certainement pas non plus. »
Barbara Glück, directrice du Mémorial de Mauthausen et également responsable de la zone de Gusen, a annoncé au Standard que les préparatifs étaient terminés et que « le processus de conception proprement dit commencera sous peu ». Et toutes les parties prenantes seront impliquées. « La population de la région est tout aussi importante que les représentants internationaux. Nous réunirons tout le monde pour discuter de ce qui est nécessaire à Gusen ». Madame Glück s’attend à une « période de programmation d’environ deux ans ».
Le travail de mémoire est toujours un travail de médiation. Selon Madame Glück : « Il s’agit de créer des aides visuelles pour transmettre à cet endroit même ce qui s’y est passé à l’époque. » En même temps, il s’agit de maîtriser un processus dans lequel, au final, il est « tout à fait évident pour la population et la région que cela fait partie de la vie, du quotidien ». L’objectif est de faire un « travail de commémoration durable ». Elle conclut : « Je suis convaincue que le processus est tout aussi important que le résultat. »

traduction : Niklas Graf